Assises de la radio : Propos introductif de Martin Ajdari

Publié le 03 juin 2026

  • Intervention publique

 

Seul le prononcé fait foi 

 

Monsieur le député européen, Cher Bernard Guetta, 

Monsieur le secrétaire général à la défense nationale, Cher Nicolas Roche, 

Mesdames, Messieurs les dirigeants de radio, 

Mesdames, messieurs,

Chers amis, sans pouvoir vous citer tous, bienvenue à ces assises de la radio, exercice auquel l'Arcom est particulièrement attachée, à la mesure singulière du média radio dans notre vie collective.  

 

Et je crois que l'assistance à ces assises montre que l'attachement à la radio est partagé. Nous y accueillons entre autres des parlementaires nationaux, internationaux et la ministre de la Culture sera également présente pour les conclure. 

Je veux remercier sincèrement Romain Laleix et les services de l'Arcom, leur engagement est permanent pour que ces assises permettent non seulement de célébrer la radio, mais aussi d’assurer son avancée.

La radio est un média unique, 38 millions de Français l'écoutent par jour, avec près de 1200 stations dans l’Hexagone et en Outre-mer. C'est un média local vital pour la démocratie de proximité, c'est un média de crise et de souveraineté, Nicolas Roche en parlera. 

Et pour introduire et essayer de rester concis, je voudrais souligner trois messages. 

D'abord face aux défis concurrentiels et économiques auxquels elle est confrontée, la radio résiste. 

Ensuite, pour passer de la résistance à la résilience, il faut continuer à se moderniser, c'est notamment l'enjeu du DAB+. 

Enfin, elle doit être protégée également par des mesures réglementaires européennes et nationales.

Tout d’abord 

Dans un marché de l'attention ultra compétitif, la radio est sous pression. Avec des mutations profondes des usages : 

  • une diminution du nombre d'auditeurs qui se poursuit, -1,5 million entre 2021 et 2025,
  • c'est particulièrement vrai chez les jeunes qui passent près de 3 heures par jour sur les médias dits algorithmiques, avec 50% des 15-24 qui écoutent la radio tous les jours contre 80% des 35-59 ans donc on a un vrai clivage qui se dessine.
  • Et, si l’on parle de compétition, une bataille particulièrement difficile pour les radios musicales face aux plateformes de streaming. 

Cela se traduit par une pression économique accrue, et nous avons mis à jour l'étude conduite en 2024 avec la DGMIC sur le marché publicitaire, qui montre que la radio aura perdu un tiers de ses recettes publicitaires entre 2005 et 2030, en valeur absolue, sans prendre en compte l'inflation, alors que le marché a crû de 60%. C'est dire le décrochage que l’on observe et le risque de déclassement économique alors qu'on est tous attachés à la valeur éditoriale, sociétale de la radio. 

Une pression économique nourrie par une concurrence déséquilibrée rendue inéquitable. Inéquitable par la taille des acteurs du numérique par rapport à nos médias traditionnels, tout particulièrement par rapport à la radio qui est un média d'économie presque artisanale. Inéquitable aussi par les asymétries de régulation qui résultent de notre modèle social, modèle culturel, et qui sont pleinement justifiées par les ambitions de ce modèle. Mais qui ne s'appliquent pas de la même façon aux plateformes, ce qui accentue le partage inéquitable de la valeur au profit des réseaux sociaux, qui captent une part croissante de l'attention, sans porter les mêmes charges ni les mêmes responsabilités. 

C'est un problème, mais aussi une urgence, la radio constituant un tissu indispensable au pluralisme, à la diffusion des idées, à la cohésion sociale. S'il disparaît, on ne le recréera pas, on laissera des déserts sociaux et informationnels et le champ libre à la radicalisation et la désinformation.

Mais il y a aussi des motifs d'espoir. Plusieurs signes que la radio résiste : 

  • si « l'audience cumulée veille » a diminué, 86% de la population continue d'écouter la radio une fois par semaine, 
  • les recettes se sont stabilisées là où elles diminuent pour la télévision depuis 2019,
  • la durée d'écoute se stabilise,
  • l'attractivité de la FM se maintient, on le voit avec le nombre de candidatures aux fréquences avec plus de 800 candidatures étudiées pour 350 fréquences par le collège cette semaine. Nous ne doutons pas d’ailleurs que les fréquences libérées par l'arrêt de Mouv' vont susciter un intérêt important par les acteurs du secteur. 
  • On voit chez nos voisins aussi une tendance encourageante, en Allemagne notamment, où grâce à l'ensemble des leviers de diffusion, notamment sur les supports numériques, en IP, en DAB+, les enceintes intelligentes, l'audience radio chez les jeunes a pu augmenter ces dernières années et l’on voit des tendances similaires chez nos amis britanniques ou italiens.

La résistance c’est bien, mais la résilience c’est encore mieux. 

C’est l'enjeu de la transformation et modernisation du secteur et de sa diffusion, à commencer par le DAB+, dont il n'est pas nécessaire de rappeler par le menu tous les avantages : qualité d'écoute, grand nombre d'offres, et, surtout absence d’intermédiaire technique entre éditeur et auditeur, ce qui est important dans un monde d’interfaces propriétaires.

Je veux à ce sujet saluer Hervé Godechot, le père spirituel du livre blanc sur la modernisation du paysage radio, et les progrès accomplis par les éditeurs, diffuseurs, équipementiers ainsi que les services de l'Arcom pour progresser en termes de couverture géographique et démographique.

Aujourd'hui, 80% de la population est couverte, toutes les villes de plus de 50 000 habitants de même que 10 000 km d'autoroute et la quasi-totalité des quatre voies bretonnes, pour ceux qui connaissent cette spécificité. 

C'est un accomplissement remarquable qui ne suffit toutefois pas, comme le montre le taux de notoriété et d'équipement qui plafonne aux alentours de 35%, ce qui n'est pas suffisant. Aujourd'hui, deux ans après l'adoption du livre blanc, avec des coûts de diffusion qui augmentent, des recettes sous tension, de nombreux acteurs s'interrogent, certains rendent leur fréquence. Il y a un besoin de clarification.


Puisque nous sommes à la veille d'échéances nationales importantes, nous sommes convaincus à l'Arcom que c'est le bon moment pour que tous les acteurs se donnent un nouveau cap. Il y a deux familles d'options envisageables : 

  • la première : choisir comme nos collègues britanniques un déploiement progressif fondé sur la complémentarité des trois modes de diffusion. L’avantage c’est de minimiser les risques de pertes d'audience et revenus pour le média. L'inconvénient, c'est d’installer durablement un double coût de diffusion, sans doute pas soutenable sans accompagnement financier. Et peut-être de laisser l'IP radio prendre le pas dans ce contexte incertain. Un tel scénario poserait sans doute, notamment pour des raisons financières, la question d'une révision des objectifs de couverture tels qu'on les a définis pour des raisons de soutenabilité ou de pertinence économique.
  • La deuxième option, à l'opposée, c'est le scénario d'une bascule de l'ensemble du secteur à court ou moyen terme, donc un scénario d'accélération qui appellerait un investissement massif sur la communication, rendrait nécessaire de réaliser rapidement le dernier kilomètre en termes de couverture, souvent le plus coûteux. Scénario qui ne serait possible qu'en changeant le cadre réglementaire, sans doute avec un soutien financier public. 

On peut imaginer des scenarii intermédiaires, mais notre conviction, c'est qu’il faut entrer dans une démarche plus proactive. Le livre blanc a installé la réflexion, fixé les repères, il faut une démarche plus proactive qui engage tout le secteur, les pouvoirs publics et le régulateur. 

C'est en ce sens que nous lancerons à l'automne un travail de concertation et modélisation des scénarios pour définir début 2027 une plateforme pour l'avenir de la radio, qu'on espère cohérente et commune, et à défaut qui clarifie au moins les choix possibles et permette aux pouvoirs publics de se prononcer. 

Je précise aussi, c'est une incidente, mais le sujet revient à chaque projet de loi de finances, qu’il est important que soit définie pour le secteur associatif une trajectoire de financement du fonds de soutien à l'expression radiophonique qui soit stable. 

La modernisation, c'est aussi le plan de réaménagement des fréquences de Radio France. 

Je voudrais vous faire part de ma conviction. Ce sujet conduit par Radio France est difficile, courageux et il n'est pas dénué de risques pour Radio France. La présidente de Radio France a su en faire une perspective pour l'information des Français, en cohérence avec l'accord conclu récemment avec le SGDSN. Je crois qu'il est logique que les Français, qui contribuent tous au service public, puissent être plus nombreux à en bénéficier. Mais, en tant que régulateurs, nous sommes aussi tout à fait conscients des interrogations et craintes que ce plan soulève et des attentes qu'il suscite compte tenu des fréquences qu'il va libérer. 

Pour l'Arcom, deux mots d'ordre : 

  • diligence pour respecter le timing de la bascule dans l’été et la mise en concurrence rapide des fréquences libérées par Mouv'. Nous avons pris des décisions en temps record pour que ce soit possible et j'en remercie les équipes de l'Arcom. 
  • vigilance, sur le déroulement de l'opération. D’abord au risque de perte de repères pour les auditeurs, voire d'incompréhension pour certains. Et vigilance aussi sur les impacts sur l'ensemble du paysage radiophonique, sur la complémentarité entre le public et le privé, et sur la nécessité de réunir les conditions qui préserveront l'unité du secteur, notamment en matière de recettes publicitaires de Radio France. Ce qui est clair c’est que ce n'est pas l'objectif de ce plan de lui permettre d’augmenter ses recettes publicitaires.

Pour finir, les chantiers réglementaires, législatifs nécessaires pour renforcer la compétitivité de la radio au plan européen et national. L'objectif pour nous est de protéger la radio et lui permettre de conquérir de nouveaux espaces – notamment sur les réseaux numériques.

Avec un principe : rééquilibrer sans déréguler. Car nous sommes attachés à l’ambition éditoriale, culturelle, sociétale de la radio.

Concrètement, quels sont ces chantiers ? 

Au niveau européen, cela passe par la directive SMA, qui peut sembler technique et lointaine, c’est le cadre qui permet la régulation de l'audiovisuel en Europe. Aujourd'hui, la radio et l'audio n'y sont pas expressément reconnus. L'Arcom plaide pour que ce soit le cas, pas pour les réguler davantage ou les contraindre, mais pour pouvoir les protéger. 

Les protéger à travers deux leviers : 

  • d’une part assurer leur visibilité, leur accessibilité, leur trouvabilité sur les différentes plateformes et interfaces, plateformes de streaming, assistants vocaux, tableaux de bord, tout en protégeant l'intégrité des fréquences, comme les Anglais l’ont fait dans le cadre de leur Media Act ;
  • d’autre part imposer aux plateformes des contraintes en matière publicitaire, qui soient les mêmes que pour les acteurs nationaux, enjeu partagé avec les télévisions pour assurer une plus grande équité économique.

Deuxième chantier européen, au sein du DNA, la préservation de l'accès universel à la radio dans les véhicules, qui regroupe 30% de l'écoute globale. 

Il y a une mobilisation formidable du secteur sur ce sujet (et de l’Arcom). Ce n'est pas encore gagné. Tant que ce n'est pas gagné, il faut continuer à se mobiliser, je vous invite tous à continuer à le faire. 

Au niveau national, la promotion de la compétitivité de la radio implique d'abord de transformer l'essai sur la question lancinante des mentions légales, dont l'efficacité a été bien documentée par des rapports d’inspection. La décision de principe au niveau gouvernemental a été prise, Romain Laleix a beaucoup plaidé en ce sens, mais pour une traduction concrète législative, il faudra des engagements des éditeurs, en matière environnementale ou de santé. Tout le monde peut y gagner mais il faut que tout le monde joue le jeu. 

Deuxième catégorie de mesures, la traduction en droit national de l'idée que nous défendons au niveau européen d'intégration des récepteurs radio dans les véhicules. Le Président Lafon qui va nous rejoindre lui est lui aussi extrêmement attaché.

Et dernière mesure, simplifier et alléger les modalités de gestion des fréquences pour permettre une replanification beaucoup plus fluide dans les prochaines années. Si on veut déployer le DAB, nous en aurons besoin. 

Tout ceci, c'est un programme qui est ambitieux et complet. Ce ne sera possible que si c'est porté par le législateur, avec le soutien du Gouvernement. Et la présence ce matin de Laurent Lafon, puis de la ministre en fin de matinée aujourd’hui sera l'occasion je l'espère d'émettre des signaux positifs.

Les pouvoirs publics doivent pouvoir nous soutenir, mais c'est aussi le secteur lui-même qui doit prendre son destin en main. 

Je veux saluer la création – et l’action - de l'Alliance de la Radio après celle d’Ensemble pour le DAB +. Le collectif est essentiel d'abord au sein du monde de la radio et il est aussi essentiel dans les combats communs à mener avec les autres médias que sont la télévision et la presse, en évitant de rejouer sans cesse la zizanie, alors que les Romains déferlent. 

Cette même approche collective doit aussi prévaloir dans le cadre de la concertation en cours sur la diversité musicale, et où nous cherchons avec nos amis du Centre national de la musique, à proposer aux radios et à la filière musicale des voies de convergence. Les premières conclusions intermédiaires seront présentées aux professionnels avant la fin juin. 

Merci à Romain Laleix, Antoine Boilley et Jean-Baptiste Gourdin, le président du CNM pour les progrès que nous essayons d'accomplir en ce sens. 

Cela nous promet donc une matinée très dense. 

Merci pour votre attention, je passe la parole à Didier Si Ammour pour le programme détaillé. 

Merci beaucoup à tous.

Assises de la radio : Propos introductif de Martin Ajdari

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