Conférence "Manipulation de l'information : comprendre, agir pour préserver la démocratie" - Propos introductif de Martin Ajdari

Publié le 24 mars 2026

  • Intervention publique

Seul le prononcé fait foi

Mesdames, messieurs,

Chère Bénédicte, chers élèves du lycée Gustave Eiffel de Rueil Malmaison,

Chers amis,

Je suis très heureux de vous accueillir à l’Arcom – au Daum’n – pour cette conférence consacrée à la lutte contre les manipulations de l’information. C’est un vrai plaisir de voir rassemblés des lycéens, des journalistes, des experts, des membres de l’Arcom (j’en vois plus souvent) pour échanger sur ce sujet, qui prend une importance croissante. Chacun d’entre vous à joue un rôle dans la diffusion de l’information et la lutte contre ses manipulations.

Je serai très bref pour laisser la place au débat et à la discussion avec la salle.

Nous sommes réunis aujourd’hui dans un contexte où l’information n’a jamais été aussi abondante, aussi accessible, et pourtant aussi fragile, contestée, et parfois douteuse.

La désinformation n’est pas un phénomène nouveau, mais son ampleur, sa rapidité de propagation et ses conséquences sur le fonctionnement de nos démocraties en font une menace plus forte, dans un contexte de polarisation croissante des débats.

Dans le même temps, le déclin du journalisme de proximité ; mis en lumière par une étude toute récente de Reporters sans frontières, qui tire la sonnette d’alarme sur la situation de la presse locale, créé un terreau fertile pour les manipulations.

Dans ce contexte de manipulations croissantes et d’information en recul, l’Arcom, au titre de ses missions, agit à plusieurs niveaux.

Sur les médias audiovisuels, champ historique de notre action, nous veillons à ce que l’information soit honnête, rigoureuse et indépendante, en attestent par exemple les sanctions que nous avons prises quand l’origine humaine du changement climatique a été contestée sans contradiction à l’antenne.

En ligne, dans le cadre de la mission que nous tirons du RSN, il ne s’agit évidemment pas de débusquer chaque « fausse information », ce qui ne serait ni souhaitable démocratiquement, ni possible matériellement.

Mais nous cherchons à identifier ce qui caractérise la manipulation, intentionnelle et artificielle, de l’information et la perturbation du débat démocratique qui en découle. Cette manipulation peut prendre différentes formes, qui peuvent se cumuler :  

  • Celle de comportements coordonnés – comme des ingérences étrangères - visant à créer un désordre dans le débat et à fragiliser la confiance ;  
  • Celle d’usages inauthentiques et hors des règles du numérique comme la création de faux comptes, l’usage massive d’outils automatiques, robots numériques (Bots), visant à manipuler la population dans un sens ou dans un dans un autre, ou simplement, à gagner de l’argent grâce au buzz ;
  • Ou encore, celle de défauts dans le fonctionnement même des algorithmes de recommandation des plateformes – aujourd’hui encore trop opaque, même pour les chercheurs qui ont en principe le droit d’y accéder. Des algorithmes qui peuvent nous influencer individuellement et collectivement sans même que nous en ayons conscience.

L’Arcom publie ce jour, en marge de cette conférence, deux contributions sur ce sujet majeur :  

  • une étude sur la perméabilité des Français à la désinformation, qui montre que nous sommes finalement tous vulnérables, au-delà des écarts qui peuvent apparaître en fonction de l’âge, du niveau d’études ou de la propension à s’informer.
  • et un rapport sur la manipulation de l’information sur les plateformes en ligne qui fait apparaitre la nécessité d’intensifier notre action par une mobilisation collective des acteurs, société civile, chercheurs, acteurs public, que je salue,  par un renforcement des règles.

Si nous produisons des connaissances, nous cherchons aussi à en assurer le plus large partage possible. C’est une des raisons pour lesquelles nous participons chaque année activement à des initiatives telle que cette Semaine de la presse et des médias, commencée hier, et à laquelle cet événement contribue, parce que l’éducation aux médias et à la citoyenneté numérique est le premier rempart face à la désinformation : c’est en étant chacun mieux préparé, mieux formé, les plus jeunes comme les plus anciens (catégorie dans laquelle je me range de plus en plus), que nous protégerons mieux notre démocratie.

L’Arcom y contribue largement, représentée par les membres du collège qui se déplaceront dans des établissements scolaires cette semaine, par les événements organisés par ses délégations territoriales, et par la production régulière de ressources pédagogiques destinées à l’éducation aux médias, et développées en lien étroit avec le ministère de l’Education nationale et le CLEMI. La meilleure lutte contre la désinformation reste en effet l’information de qualité et l’éducation de tous pour la repérer, la comprendre, et la diffuser.

C’est le sens de cette conférence et je voudrais tout particulièrement saluer, outre Bénédicte Lesage, membre du collège de l’Arcom, et pilier de notre action au service de l’éducation aux médias, nos trois intervenants :

  • Grégoire Darcy, qui nous montrera comment la vulnérabilité à la désinformation est liée à l’isolement et au manque de lien social
  • Stéphane Vernay, rédacteur en chef délégué et éditorialiste politique à Ouest France, qui nous montrera comment un quotidien ancré dans la proximité comme Ouest France vise justement à recréer ce lien, par son rapport à l’information et à ses publics 
  • Enfin, Marie Picard, directrice de Radio Grenouille, une radio associative du Réseau Radio Campus, nous montrera que l’on peut aller plus loin, pour contribuer à l’éducation de tous nos concitoyens, y compris les adultes, grâce à l’action de médias locaux ambitieux et déterminés.

Par des événements comme celui de ce jour, nous avons ainsi pour ambition de contribuer au progrès collectif, pour permettre citoyens d’aujourd’hui et de demain à naviguer avec discernement dans l’espace informationnel, à mettre à profit sa richesse pour alimenter notre émancipation et notre liberté, qui rendent notre démocratie vivante.

Cela passe par nos échanges à venir.

Je vous remercie.

Propos introductif de Martin Ajdari

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