Intervention de Martin Ajdari, président de l'Arcom, à l'occasion de la conférence de l'Arcom sur la représentation des femmes dans les médias et le sexisme en ligne
Seul le prononcé fait foi,
Mesdames, messieurs,
Chers amis,
Je suis très heureux de vous recevoir ici à l’Arcom, quelques jours après la journée internationale des droits des femmes, une journée qui est toujours marquée d’une pierre blanche pour le régulateur de l’audiovisuel et du numérique que nous sommes.
D’abord, parce que l’une des missions que le législateur nous a confié est de veiller au respect des droits des femmes dans la communication audiovisuelle, à travers leur juste et égale représentation, à travers la lutte contre les stéréotypes, les préjugés sexistes, les images dégradantes ou les violences qui leur sont faites.
Et plus largement parce que nous sommes tous convaincus à l’Arcom que l’égalité entre les femmes et les hommes est un des éléments clés de la capacité de l’audiovisuel à jouer tout son rôle, au service du vivre ensemble.
Pour ce faire, et dans le cadre de notre délibération de 2015, qui est en cours de renouvellement, nous accompagnons les éditeurs au quotidien – avec bienveillance et exigence – pour que la présence des femmes à l’antenne, et dans les différents types de programmes (d’information comme de création ou divertissement), par la place et le rôle qui leur est donné, contribue à la construction de représentations et d’un imaginaire collectif plus égalitaire.
Cet accompagnement peut prendre la forme d’outils que nous proposons et parfois demandons aux éditeurs de mettre en œuvre (qu’il s’agisse de formation des collaborateurs, de constitution d’annuaires d’expertes, ou encore du manuel UNESCO sur le traitement des violences sexistes et sexuelles…). Il prend également la forme d’indicateurs de suivi (KPI) et, plus largement, par la production et la publication de nombreuses études – afin d’abord de constater les avancées quand il y en a (et il y en a) mais également de documenter les marges de progrès qui subsistent, de proposer des solutions.
J’en prends pour exemples nos rapports :
- sur l’égalité dans le sport publié à la suite des Jeux Olympiques, qui ont montré, malgré les progrès évidents, des écarts persistants,
- ou sur le traitement des violences faites aux femmes, il y a un an, qui a permis d’observer que, si on parle désormais beaucoup moins de « drame passionnel » dans les médias pour évoquer les féminicides, on en évoque encore trop rarement le caractère systémique.
Et c’est la publication de deux nouveaux rapports qui nous réunit aujourd’hui :
- Le premier porte sur la présence des femmes au sein des programmes concourant à l’information, dans les médias audiovisuels, sur les années 2024 et 2025. Il s’appuie sur une nouvelle méthodologie qui fait et fera l’objet d’un dialogue que je souhaite nourri avec les éditeurs ;
- Le second, premier travail de l’Arcom en matière d’égalité femme/homme entièrement dédié aux réseaux sociaux, est consacré au sexisme en ligne, à partir de l’étude de près de 20 000 commentaires et messages sur X et YouTube, et de la littérature académique existante ;
- Nous aurons enfin une discussion plus large, avec Violette Viannay et Valérie Nataf, sur la protection des droits des femmes et l’égalité femme-homme dans l’ensemble de l’espace informationnel.
Avant de laisser la parole à Laurence Pécaut-Rivolier, notre maîtresse de cérémonie du jour, qui porte avec un dynamisme sans égal ces questions au sein du collège de l’Arcom, j’aimerais partager avec vous quelques observations tirées de la lecture de ces deux rapports.
La première c’est qu’ils illustrent très bien la différence profonde des enjeux de régulation entre les éditeurs de services de médias d’un côté, et les PFs ou réseaux sociaux de l’autre.
- D’un côté, nous régulons directement les chaînes de télévision et de radio, notamment au travers de leurs conventions et de nos délibérations,
- De l’autre, nous organisons la supervision de services numériques, qui n’ont pas de responsabilité éditoriale, mais doivent satisfaire à des obligations de moyens adaptées à leur rôle d’intermédiaire de plus en plus actif : mettre en œuvre des ressources pour la modération et le retrait de contenus illégaux, évaluer les risques -souvent qualifiés de systémiques- produits ou amplifiés par leurs services et y apporter des remèdes).
Ce sont donc deux régulations très différentes dont nous avons la responsabilité, avec néanmoins pour chacune l’objectif de protéger les droits des femmes, d’assurer leur meilleure représentation et de lutter contre les stéréotypes. Donc des enjeux communs et une volonté, que nous portons, de faire converger nos actions de régulation, au titre de la loi de 1986, et au titre du RSN, vers une ambition commune.
Deuxième observation : dans l’audiovisuel, l’engagement des éditeurs, ceux du service public en tête, a permis des progrès notables sur le temps long. Ainsi, la part des femmes en plateau a augmenté de près de 10 points en quinze ans, dans les programmes qui informent comme dans les autres, et dépasse désormais chaque année les 40%.
Et les femmes sont désormais majoritaires, en particulier dans le rôle de présentatrice (les grandes séquences d’information que sont toujours les JT, les magazines d’information) et on y observe d’ailleurs que les femmes s’y expriment en moyenne davantage que sur des plateaux présentés par des hommes.
Pour autant, nous ne sommes pas à 50% de femmes en plateau, avec des écarts encore plus grands lorsque sont abordés des thèmes dits régaliens. Et un déficit plus important apparaît aussi pour les femmes plus âgées ou pour les femmes politiques, pour ne prendre que ces exemples.
Et si le poids quantitatif des médias audiovisuels diminue depuis quelques années dans leur univers de référence (audio ou vidéo), ils restent le lieu d’ancrage du débat public et de construction des imaginaires ; il faut donc continuer d’y poursuivre l’objectif de parité avec détermination.
Troisième observation, c’est que le rapport sur le sexisme en ligne, au-delà de ses enseignements propres, illustre bien le fait que notre action collective y est moins mature, tant dans la complétude du diagnostic que dans les leviers d’action mobilisables.
Là où, pour les télévisions et les radios, nous pouvons nous appuyer sur des règles et des outils de mesures homogènes et sur les efforts continus des éditeurs, le monde numérique se caractérise quant à lui par une régulation encore naissante, des contenus innombrables, des connaissances qui sont encore éparses et des acteurs à la bonne volonté variable. Et ni les règles ni les pratiques n’y sont comparables à ce que l’on observe pour les médias audiovisuels, qu’il s’agisse de parité ou d’atteintes sexistes.
Le rapport que nous publions est à cet égard rempli d’indices de l’ampleur et de la gravité du sexisme en ligne, mais témoigne aussi des progrès que nous devons accomplir :
- pour mieux comprendre ce phénomène, en lien avec la société civile, les chercheurs, les associations ;
- pour contribuer à sa prise en compte par tous les acteurs compétents – le dernier rapport du Haut conseil à l’égalité fait de nombreuses propositions en la matière ;
- pour l’intégrer à notre régulation, dans le cadre du règlement sur les services numériques, en particulier à travers l’action de l’observatoire de la haine en ligne que nous avons relancé l’automne dernier ;
- enfin par une vigilance constante de toutes et tous sur les expressions manifestement illicites du sexisme et des tendances masculinistes, qui doivent être non seulement retirées mais poursuivies.
Sur ces sujets, l’Arcom continuera de prendre sa part avec détermination, autant en continuant d’accompagner les progrès de l’audiovisuel, qu’en approfondissant l’étude des mécanismes à l’œuvre en ligne, afin de pouvoir combattre plus efficacement les risques qu’ils engendrent pour les femmes et pour la société dans son ensemble.
Je laisse maintenant avec plaisir la parole à Laurence et aux services de l’Arcom pour une présentation détaillée de ces deux rapports. Merci.
Intervention
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