Intervention de Martin Ajdari, président de l’Arcom, lors de l’événement «Ensemble pour le DAB+ »

Publié le 18 décembre 2025

  • Intervention publique

Seul le prononcé fait foi,

Madame la Députée européenne, chère Emma Rafowicz, Mesdames et Messieurs les dirigeantes et dirigeants de radios, Chers amis,

Merci beaucoup de me permettre d’ouvrir cette deuxième rencontre annuelle organisée par « Ensemble pour le DAB+ ». Merci au président de l’association, Charles-Emmanuel Bon [et son délégué général, Maëlo Seuret], de me donner l’occasion de m’exprimer sur l’état du déploiement du DAB+ et, plus généralement, sur la situation de la radio aujourd’hui et dans notre pays.

A l’été 2024, au terme d’une intense concertation, l’Arcom publiait le Livre Blanc sur l’avenir de la radio, qui se voulait porteur d’un message et d’une feuille de route clairs. Je veux ici saluer Hervé Godechot, ancien membre du collège de l’Arcom qui y a œuvré, et Romain Laleix qui a pris sa suite.

Dans la bataille acharnée pour l’attention du public, qui bouleverse les usages et soumet la radio à l’épreuve d’une concurrence inédite, le DAB+ est en effet le meilleur moyen d’assurer la transformation du média et la modernisation de sa régulation.

D’abord, parce que cette technologie offre une plus-value incontestable pour les auditeurs, en matière de continuité d’écoute et de qualité sonore. « L’essayer, c’est l’adopter », c’est ce que démontre l’étude Médiamétrie qui vous sera présentée tout à l’heure.

Au-delà des améliorations d’usage, le déploiement du DAB+ offre une possibilité inédite dans un contexte de saturation de la bande FM. Celle de dessiner un paysage radiophonique plus cohérent et attractif pour l’ensemble de nos concitoyens tout en conservant le cadre protecteur de ressources hertziennes relevant du domaine public.

Le succès de son déploiement est un enjeu majeur de résilience et de développement économique pour un secteur qui souffre, j’y reviendrai.

Mais c’est aussi pour nos concitoyens, un enjeu d’accès à une information fiable et de proximité, à une offre culturelle variée sans oublier les considérations de sécurité civile, dont les cyclones Chido et Garance nous ont cruellement rappelé toute l’importance.

Nos voisins européens ne s’y trompent pas, puisque toute l'Europe adopte progressivement le DAB+, avec des degrés de maturité différents selon les pays.

Les expériences étrangères confirment d’ailleurs nos convictions quant aux conditions du succès de cette entreprise. L’une de ces conditions est bien évidemment l’engagement de toute une filière pour promouvoir la technologie, comme au Royaume-Uni, en Allemagne ou en Belgique.

A cet égard, je veux vraiment saluer le travail remarquable accompli par « Ensemble pour le DAB+ » qui est parvenu à fédérer toutes les composantes du monde de la radio : le service public, les réseaux nationaux, les radios locales et régionales, les radios associatives, les diffuseurs et les constructeurs.

Elle a orchestré, avec le soutien du ministère de la Culture, quatre campagnes de publicité en 2025 et des actions de terrain qui commencent à porter leurs fruits, en matière de visibilité ; comme vous le verrez également tout à l’heure lors de la présentation de l’étude Médiamétrie.

Pour autant, malgré ces progrès, l’exemple belge nous montre qu’il est possible d’aller plus loin. Grâce à des moyens supplémentaires et un engagement encore plus fort des éditeurs, les Belges ont déployé des campagnes encore plus visibles et sont parvenus à mobiliser tant les fabricants et distributeurs de postes de radios que les marques et concessionnaires automobiles. Les résultats des démarches engagées en Belgique sont spectaculaires : le DAB+ représente désormais plus de 30% du temps d’écoute de la radio en Belgique.

Une telle dynamique collective n’est possible et c’est, selon nous, l’autre condition du succès du projet, que dans le cadre d’un partenariat clair et solide entre les professionnels et les pouvoirs publics.

Pour le régulateur que nous sommes, ce partenariat repose sur trois objectifs partagés.

Le premier est la recherche permanente de l’efficacité opérationnelle dans la mise en œuvre du déploiement du DAB+.

A ce sujet, nous avons beaucoup avancé depuis la publication du Livre blanc et nous sommes aujourd’hui au rendez-vous des objectifs que nous nous étions fixés.

Depuis hier, l’offre s’est considérablement étoffée en Bretagne, avec le démarrage des multiplex locaux de Vannes, Lorient et Saint-Brieuc notamment, mais aussi la mise en service de près 70 nouveaux émetteurs pour les multiplex métropolitains (réunissant 26 programmes nationaux publics et privés), ainsi que des extensions de couverture en Normandie et dans les Pays-de-la-Loire.

A fin 2025, la couverture du DAB+ approche 66 % de la population pour une réception à l’intérieur des bâtiments.

Près de 18 000 communes sont desservies avec en moyenne une quarantaine de radios. Près de 80 % des autoroutes, soit près de 9 500 km.

Ce déploiement va se poursuivre en 2026 avec pour objectif de couvrir 80% de la population en mobilité, pour les multiplex métropolitains d’ici à 12 mois.

Ce rythme soutenu ne nous empêche pas d’être à l’écoute des professionnels et c’est, pour nous, le deuxième élément clé du partenariat que j’évoquais.

Comme je l’avais annoncé en juin dernier lors des Assises de la radio, c’est l’objet du groupe de suivi du Livre blanc qui a été mis en place avec « Ensemble pour le DAB+ » et le ministère de la Culture.

Cette instance très opérationnelle œuvre concrètement à la bonne coordination de toutes les parties prenantes. Elle a permis d’intensifier l’information des médias locaux à chaque nouvel allumage d’émetteur. Elle travaille également à la formalisation d’indicateurs de suivi partagés, rendant compte des avancées du déploiement en matière de couverture, d’équipement, de notoriété et même d’audience.

Nous avons par ailleurs engagé à la demande des éditeurs, un travail minutieux de replanification des couches locales du DAB+, pour que le réseau soit plus adapté aux besoins des auditeurs. C’est une œuvre complexe et potentiellement infinie.

Au total, 21 zones ont été passées au peigne fin dans le cadre d’une consultation publique inédite, en prévision du prochain appel aux candidatures DAB+.

Plus largement, nous lancerons une concertation en 2026 pour établir la prochaine feuille de route pluri-annuelle de l’Arcom pour le DAB+.  Elle aura notamment pour objet de nous assurer que les objectifs et le rythme de déploiement du DAB+ sont adaptés pour tous les acteurs, quel que soit leur modèle éditorial et économique.

Ce temps de concertation est déterminant et doit permettre au secteur de converger vers des objectifs partagés, pour déterminer les prochaines étapes de développement du DAB+ dans un contexte dont nous mesurons bien les contraintes.

Si les motifs de satisfaction sont réels, nous devons être collectivement lucides sur les défis que le secteur doit relever.

Du fait de la concurrence des services numériques, l’audience du média et ses revenus publicitaires reculent. De même, les contraintes pesant sur les finances publiques font peser une menace latente sur les moyens de Radio France et des radios associatives.

Dans ces conditions, il sera difficile pour les éditeurs de faire face aux 30 millions d’euros de coûts de diffusion DAB+ que nous anticipons en 2026, soit un doublement par rapport à 2023, sans un changement profond du cadre de régulation qui leur est applicable.

C’est le troisième enjeu de mobilisation collective que je veux évoquer devant vous, en commençant par l’actualité budgétaire pour les radios associatives et le service public.

L’examen du projet de loi de finances au Sénat a permis de rétablir les crédits du Fonds de soutien à l’expression radiophonique locale (FSER), ce dont on ne peut que se féliciter.

Les radios associatives sont en effet des plateformes d’engagement et de solidarité, des écoles de formation aux métiers de la radio, qui jouent un rôle essentiel dans la consolidation du lien social.

Sans sous-estimer les contraintes qui pèsent sur les finances publiques, je voudrais vraiment souligner les risques que ferait courir toute fragilisation du soutien public aux radios associatives sur le pluralisme, l’emploi, l’éducation aux médias, la promotion de la vie culturelle, économique et politique dans nos territoires.

De même, l’Arcom s’est exprimée à plusieurs reprises sur la nécessité de donner à Radio France, comme à l’ensemble des entreprises de l’audiovisuel public, un cadre financier pluriannuel clair, lui permettant de se projeter et d’engager les différents chantiers nécessaires à sa transformation.

S’agissant des radios commerciales, la réforme du cadre applicable aux mentions légales ne peut être davantage repoussée. Dans les derniers mois, nous avons joué un rôle très actif auprès du Gouvernement pour inciter à une évolution majeure dans le cadre de la proposition de loi EGI. Certes, l’avenir du texte n’est pas encore connu, mais sa préparation a donné lieu à des échanges interministériels positifs dont les conclusions devront être prises en compte.

Enfin, l’un des ressorts du succès du DAB+ réside dans la dynamique d’équipement de nos concitoyens. Le secteur de la distribution doit pouvoir devenir aussi un partenaire car il joue un rôle essentiel dans l’acte d’achat.

Pour les récepteurs à domicile, de nombreux modèles sont disponibles avec un coût d’achat compris entre quarante et une centaine d’euros. Toutefois, à défaut d’obligation spécifique, les modèles d’entrée de gamme demeurent dépourvus de puce DAB+ ce qui est un problème auquel il faut pouvoir s’attaquer.

De même, depuis plusieurs années, le code de communication électronique européen impose aux constructeurs automobiles d’équiper d’un tuner DAB+ les véhicules disposant d’un tuner FM. Mais comment ne pas parler de l’annonce de certains constructeurs, qui envisagent de se passer purement et simplement de tout tuner radio dans certains de leurs modèles.

Plus de radio dans les voitures alors que l’écoute en mobilité pèse pour 30 % de l’écoute globale, ce serait en réalité courir le risque d’une disparition complète du média.

C’est un sujet d’inquiétude majeur qui appelle une mobilisation générale. En ce sens, nous avons proposé au ministère de la Culture et à l'association « Ensemble pour le DAB+ » de créer un groupe d'experts, associant les administrations et parties prenantes concernées, afin d’élaborer les propositions d’ordre législatif permettant de garantir à nos concitoyens un accès libre et universel à la radio, quel qu’en soit le mode de réception et le lieu d’écoute.

Dans ce contexte qui ne manque pas de défis, soyez assurés de la pleine mobilisation de l’Arcom, de ses équipes et de son collège pour défendre le média préféré des Français.

Merci de votre attention.