Si la question de l’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas nouvelle dans le débat public, elle a pris ces dernières années une autre dimension.

Présentation du sujet et enjeux

Le sujet est au cœur des préoccupations et des débats en France notamment depuis :
 

  • l’éclatement de l’affaire Weinstein en octobre 2017 ;
  • la propagation des hashtag « metoo» ou « balancetonporc » visant à encourager les femmes victimes de violences sexuelles à témoigner ;
  • la décision du Président de la République, le 24 novembre 2017, d’ériger la question de l’égalité entre les femmes et les hommes en grande cause du quinquennat ;
  • la promulgation, le 3 août 2018, d’une loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes ;
  • le lancement par le gouvernement, le 3 septembre 2019, du premier Grenelle contre les violences conjugales.

Quelques chiffres de référence :
 

Comme le soulignait Yves Jeanneret en évoquant la pensée de Roger Silverstone, les médias audiovisuels « engagent une moralité » et ce pour deux raisons :

  • ils influent sur notre manière de percevoir la société ;
  • ils mettent en place des dispositifs d’expression et d’échange qui structurent notre vivre ensemble.
     

Prenant en compte la possible influence des médias sur notre manière de percevoir la société, sur la formation de nos catégories de jugement, le législateur a confié à l'Arcom la mission de contribuer aux actions en faveur de la cohésion sociale et à la lutte contre les discriminations dans le domaine de la communication audiovisuelle (cf. article de loi). Dans ce cadre, l'Arcom veille à une juste représentation des femmes et des hommes à la télévision et à la radio, ainsi qu’à l’image des femmes qui apparaît dans ces programmes, en luttant notamment contre :

  • les stéréotypes ;
  • les préjugés sexistes ;
  • les images dégradantes ;
  • les violences faites aux femmes ;
  • les violences commises au sein du couple.
     

Quelques chiffres de référence :
 

  • Femmes dans les médias, temps de parole, chiffres INA : A la radio et à la télévision, les femmes parlent deux fois moins que les hommes. Entre 2010 et 2018, les prises de parole des femmes à la télévision représentent moins d’un tiers du temps de parole alloué (32,7%) ; ce constat est encore plus frappant à la radio où il n’est que de 31,2%.
  • Proportion de femmes présidentes des groupes médias : sur dix groupes audiovisuel, seulement trois - le service public -, sont dirigés par une femme (30%) : France Médias Monde, depuis 2012, avec Marie-Christine Saragosse, France Télévisions, depuis 2015, avec Delphine Ernotte, et Radio France, depuis 2017, avec Sybil Veil.
     

Pour aller plus loin : le sujet des femmes en politique

Ce que la loi donne comme compétences à l'Arcom
 

Avant 2014

Avant l’introduction, en 2014, d’une disposition spécifique relative à la lutte contre les violences faites aux femmes dans la loi du 30 septembre 1986, les interventions de l'Arcom auprès des chaînes de télévision et de radio s’appuyaient sur les principes déontologiques généraux suivants, qui figuraient dans la loi (article 15), les décrets (le décret relatif à la publicité, au parrainage et au téléachat), les cahiers des missions et des charges des chaînes publiques et les conventions des chaînes privées :

  • le respect de la dignité de la personne humaine ;
  • le respect de l’ordre public ;
  • l’interdiction d’inciter à des comportements délinquants ou inciviques ;
  • l’interdiction de présenter des traitements avilissants ;
  • la lutte contre les discriminations en raison du sexe.
     

En 2014

La loi du 4 août 2014 sur l’égalité réelle entre les femmes et les hommes a constitué un véritable tournant puisqu'elle a inséré dans la loi du 30 septembre 1986 de nouvelles compétences pour l'Arcom et de nouvelles obligations pour les éditeurs :

  • un pouvoir de sanction pour l'Arcom en matière de « droits des femmes » : article ;
  • l’obligation pour les chaînes de télévision et de radio de s’auto-évaluer et de communiquer leurs résultats, annuellement, à l'Arcom : article ;
  • une exigence renforcée pour le service public : article.
     

En 2017

Un élargissement des compétences de l'Arcom concernant la représentation des femmes dans les messages publicitaires avec la loi du 27 janvier 2017 et l’insertion d’une nouvelle disposition à l’article 14 de la loi de 1986 : elle veille maintenant au respect de la dignité de toutes les personnes et à l'image des femmes qui apparaissent dans ces émissions publicitaires.

 

Les actions de l'Arcom

 

L’action de l'Arcom sur la question de la représentation des femmes à la télévision et à la radio comporte deux dimensions :

  • Une action de contrôle : elle intervient auprès des chaînes de télévision et de radio qui ne respectent pas leurs obligations en matière de droits des femmes qui figurent dans la loi de 1986, dans leurs cahiers des missions et des charges pour les chaînes publiques ou dans leurs conventions pour les chaînes privées ;
  • Une action d’incitation : elle réalise de nombreuses études sur le sujet, dialogue avec les éditeurs, élabore et signe des chartes.
     

Son action de contrôle :

Comme pour les autres obligations dont l'Arcom assure le respect, ses interventions peuvent prendre la forme :

  • d’une lettre de rappel à la réglementation (lettre à vocation informative ou pédagogique ;
  • d’une lettre de mise en garde (lettre constatant un manquement avéré) ;
  • d’une mise en demeure (intervention à valeur d’avertissement), cette dernière étant un préalable nécessaire à l’ouverture d’une procédure de sanction.

Depuis 2014, l'Arcom est intervenue 32 fois (sur le fondement de la loi du 30 septembre 1986) :

  • 19 lettres ont été adressées ;
  • 8 mises en garde ont été décidées ;
  • 3 mises en demeure ont été adoptées ;
  • 2 décisions de sanction ont été prononcées : l’une, le 7 juin 2017 à l’encontre de la société C8 (l’émission Touche pas à mon poste) et la seconde, le 22 novembre 2017, à l’encontre de la société NRJ (l’émission C’Cauet).

 

Son action d'incitation :

La réalisation d’études et la signature de chartes.

Les dates clés de son action :

  • 2009 : premières données sur la représentation des femmes à la télévision avec le baromètre de la diversité.
  • 2013 : étude sur la place des femmes dans les œuvres audiovisuelles (fictions TV) ; approche comparée entre fiction française et américaine.
  • 2014 : étude sur la présence des femmes dans les éditions d'information réalisée par l'INA pour le compte de l'Arcom (ex CSA). Trois études relatives aux stéréotypes féminins véhiculés dans les séries de fiction, d’animation et les émissions de divertissement.
  • 2016 : premier rapport annuel sur la représentation des femmes à la télévision et à la radio.
  • 2017 : étude portant sur la représentation des femmes dans les publicités télévisées.
  • 2018 : étude portant sur la représentation des femmes dans les vidéos les plus vues sur YouTube. Adoption de la charte d’engagements volontaires pour la lutte contre les stéréotypes sexuels, sexistes et sexués dans la publicité. Développement des formations dispensées par l'Arcom concernant l’égalité entre les femmes et les hommes.
  • 2019 : participation active de l'Arcom au groupe de travail de l’ERGA « Gender diversity ». Signature d’une charte pour une représentation mixte des jouets.
  • 2020 : étude sur la représentation des femmes dans les médias audiovisuels pendant l'épidémie de la Covid-19. Cinquième rapport sur la représentation des femmes à la télévision et à la radio (exercice 2019) rédigé en partenariat avec l’Institut National de l’Audiovisuel (INA). Signature d’une charte « Pour les femmes dans les médias » pour lutter contre le harcèlement sexuel ou les agissements sexistes.
  • 2021 : Sixième rapport sur la représentation des femmes à la télévision et à la radio. Participation de l'Arcom au Forum Génération Egalité.

 

      Focus sur deux productions de l'Arcom qui illustrent son approche et ses actions
       

       

      Depuis la loi de 2014 et la délibération du 4 février 2015, les chaînes de télévision et de radio remettent à l'Arcom, des indicateurs quantitatifs et qualitatifs sur la représentation des femmes et des hommes dans leurs programmes. Aussi, tous les ans, l'Arcom rend donc compte dans un rapport qu’elle publie à l’occasion de la « Journée internationale des droits des femmes » (le 8 mars), des tendances observées et émet des recommandations.
       

      Principaux constats :

       

      • Part des femmes présentes à l’antenne : 43% à la télévision, 39% à la radio.Si les radios marquent le pas, les télévisions présentent un taux en hausse et continuent à se rapprocher de la parité ;
      • Le temps de parole des femmes à l’antenne : inférieur (35%) au taux de présence (41%). Ce qui laisse supposer qu’à présence égale, les femmes s’expriment moins que les hommes et ce qui interroge sur les raisons ;
      • Présence des femmes en hausse à la télévision : une présence en hausse entre 18h et 20h qui ne se traduit pas encore par un temps de parole plus important (35% contre 37% en 2019) ;
      • Le taux d’expertes, télévision et radio confondues, continue de progresser (41% d’expertes, soit +3 points par rapport à 2019 et +11 points par rapport à 2016) ;
      • Le taux d’invitées politiques, télévision et radio confondues, est celui qui enregistre la progression la plus significative (33% soit +6 points par rapport à 2018) ;
      • Une forte implication des chaînes de télévision et de radio s’agissant de la diffusion de programmes luttant contre les violences faites aux femmes : programmation spéciale, diffusion du numéro d’urgence et des messages de sensibilisation.
      • Les chaînes présentant les proportions de femmes les plus élevées dans des catégories où elles se trouvent en sous-représentation, sont notamment celles qui ont pris des engagements chiffrés en la matière, que ce soit dans le cadre de leurs contrats d’objectifs et de moyens (France Médias Monde et France Télévisions), ou dans le cadre de la délibération du 4 février 2015 de l'Arcom (Radio France). Cette démarche d’engagement semble porter ses fruits puisqu’elle permet de responsabiliser les équipes sur des objectifs précis à atteindre, dans un calendrier préétabli ;
      • L'Arcom relève avec satisfaction que les chaînes se servent aujourd’hui de ces données en interne pour faire progresser la représentation des femmes au sein de leurs équipes. Par ailleurs, elle note que certains groupes, sous son impulsion, ont mis en place des sessions de formation à la prise de parole dans les médias pour leurs expertes, ont réalisé des études pour identifier les freins rencontrés par certaines de leurs salariées dans le développement de leurs carrières, etc.

       

      Focus sur l’étude relative à la représentation des femmes dans les publicités télévisées

       

      En 2017, l'Arcom, forte de sa nouvelle compétence confiée par la loi du 27 janvier et déterminée à contribuer activement à cette cause, a publié, le 31 octobre, une étude relative à l’image des femmes dans les publicités télévisées. Cette dernière se basant sur le visionnage de 2 055 diffusions de publicités sur 24 chaînes, entre octobre 2016 et avril 2017, a permis d’obtenir des données chiffrées inédites rendant compte d’un premier état des lieux de la représentation des femmes dans les publicités télévisées.

      Principaux constats :

      Une répartition stéréotypée des catégories de produits.

      • Les femmes sont majoritairement représentées dans les publicités pour l’entretien du corps (63%) et l’habilement/parfumerie (57%).
      • Les hommes presque exclusivement experts (82% vs. 18% d’expertes).
      • Les deux tiers des publicités présentant des personnages avec une sexualisation appuyée mettent en scène des femmes (67% vs. 33% pour les hommes).
      • 78% d’hommes dans les publicités relatives aux jeux d’argent, 64 % dans les publicités relatives au secteur de l’automobile et 59% dans les publicités relatives au secteur des assurances/banques/mutuelles.
      • 54% des publicités représentant une nudité partielle ou totale des personnages mettent en scène des femmes (vs. 46% pour les hommes).

      Les constats issus de cette étude ont conforté la conviction de l'Arcom de la nécessité de mener plus avant des réflexions relatives à l’influence des stéréotypes de genre sur les téléspectateurs mais également sur les moyens d’identifier les stéréotypes mis en scène dans ces messages. Ainsi, elle a conclu, le 6 mars 2018, une charte d’engagements avec les professionnels du secteur pour la lutte contre les stéréotypes sexuels, sexistes et sexués dans la publicité.

      Fiche 1 • Lutter contre les discriminations en raison du sexe

      1. Scénario 1 : Analyser les interventions de l'Arcom auprès des chaînes de télévision et de radio.
      2. Scénario 2 : Dans la peau d'un conseiller de l'Arcom.
      3. Scénario 3 : Saisir l'Arcom.

      Lutter contre les discriminations en raison du sexe - Fiche 1

      Fiche 2 • Identifier les stéréotypes de genre

      1. Scénario 1 : Identifier les stéréotypes de genre dans les publicités télévisées.
      2. Scénario 2 : Analyser la manière dont les journaux télévisés parlent des violences faites aux femmes.

      Identifier les stéréotypes de genre - Fiche 2

      Fiche 3 • Déduire des données statistiques les représentations de genre dans les médias

      1. Scénario 1 : La grille de lecture : de l’analyse d’un programme à la production de statistiques globales.
      2. Scénario 2 : A la recherche de solutions.

      Déduire des données statistiques les représentations de genre dans les médias - Fiche 3

      Autres ressources pédagogiques