L'étude de l'Arcom a été présentée, jeudi 30 juin, au forum "Entreprendre dans la culture", à l'école nationale supérieure d'architecture Paris-Belleville, par Laurence Pécaut-Rivolier, membre du Collège de l'Arcom, co-présidente du groupe de travail "Protection et diffusion de la création et des contenus sportifs sur internet" et vice-présidente du groupe de travail "Supervision des plateformes en ligne" et Séverine Morin, directrice des études et de la prospective au CNM.
Introduction
Bien qu’apparues dès 2007, lorsque la diffusion de vidéos en direct sur internet a été rendue possible, les offres de livestream, et en particulier de livestream musical, ont vu leur développement s’accélérer avec la crise sanitaire et la fermeture brutale des lieux culturels dès le mois de mars 2020. Les premières initiatives propres à ce format correspondaient majoritairement à des représentations isolées, filmées et diffusées en ligne pour combler une offre absente dans un contexte de fermeture des salles de concert. Elles traduisaient alors le besoin des artistes de conserver les liens avec leurs publics, de rester visible dans la profusion des plateformes et des applications web, et d’exister au travers de leur travail de création. En l’absence de stratégie à plus long terme, beaucoup de ces projets étaient proposés gratuitement et revêtaient un caractère très artisanal. Peu d’entre eux ont été pensés avec une esthétique ou une mise en scène radicalement innovante (en faisant un lien avec l’univers du jeu vidéo, au travers par exemple d’avatars ou de caméras interactives). Les offres se sont ensuite progressivement professionnalisées pour proposer des modèles payants, aux contenus parfois très élaborés.
La réouverture des salles de concert depuis mai 2021 et la fin des limitations de jauge en février 2022 montrent une évolution significative du rapport des spectateurs au live. Tandis que le retour dans les lieux de spectacle se fait au ralenti, avec un spectateur sur deux fréquentant historiquement les lieux culturels qui reconnaissait en janvier 2022 avoir réduit cette activité, la consommation de spectacles musicaux en direct (live) et en différé (replay) semble s’ancrer dans les habitudes d’une partie du public. Paradoxalement, un essoufflement s’observe en parallèle dans la production de livestreams. À l’exception d’un nombre restreint d’initiatives (dont la plupart sont d’envergure internationale), les artistes, et les professionnels qui les accompagnent, semblent désormais se concentrer sur la reprise des concerts physiques.
Considéré par une majorité d’acteurs de la filière musicale comme un palliatif du spectacle vivant servant essentiellement un but promotionnel en temps de crise dans un contexte de fermeture des salles de spectacle, le livestream compte aujourd’hui un nombre d’usagers important, incitant à considérer ce format sous une perspective nouvelle. Il apparaît crucial de dessiner dès à présent les conditions d’accompagnement nécessaires au développement de l’offre et de la demande permettant de faire du livestream une pratique numérique à part entière par le biais d’une proposition de valeur forte.
Comment créer et entretenir un cercle vertueux offrant une rémunération juste à l’ensemble des acteurs positionnés sur ce marché ? Dans quelles mesures le cadre réglementaire dans lequel évoluent les professionnels de la musique doit-il évoluer ? Quel est le positionnement des acteurs français face aux mouvements de recomposition à l’œuvre sur ce marché ? En quoi l’expérience de livestream se distingue-t-elle d’un concert physique, et comment capitaliser sur ces éléments de différenciation ? Quelles sont les différents modèles de livestream et leurs perspectives de rentabilité ?
La présente étude, réalisée conjointement par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) et le Centre national de la musique (CNM) a pour vocation d’apporter des éléments de réponse et des pistes de réflexion quant aux problématiques et incertitudes énoncées, liées au développement du livestream musical en France.